Passivité et phallus

J’ai parlé hier de l’intérêt d’apprendre la passivité, la réceptivité. D’en quoi ça ouvre l’empathie, le lâcher-prise, enseigne à être réellement à l’écoute de l’autre et pas de ce qu’on voudrait que l’autre ressente.

J’aimerai aujourd’hui insister sur le fait que la passivité n’est pas liée au type d’acte sexuel. Et expliquer en quoi il est important de désapprendre ce cliché.

Quand on entends passivité on entends « personne pénétrée ». Mais c’est absolument culturel. En fait si on regarde ce qui se passe physiquement lors de la pénétration d’une bouche, d’un anus ou d’un vagin par un phallus: on a un fourreau de chair mouvant, aspirant et pulsant qui s’active autour d’un membre qui se contente d’être là, plus ou moins bougé par les mouvements des participants.

Alors oui, souvent c’est la personne qui possède le pénis qui s’active et le manie. Mais pas toujours. Alors qu’il est très rare que la personne pénétrée reste inactive, même si iel est allongé-e et immobile.

Bref physiquement le phallus est plutôt fortement passif.

On peut aussi me rétorquer que le phallus « donne » alors que le vagin « reçois », physiquement et énergétiquement. Personnellement j’ai toujours la sensation de « prendre », jamais de « recevoir ». De même certaines personnes ont l’impression d’être « mangées » et « aspirées » énergétiquement et physiquement lorsqu’elles pénètrent.

Donc cette idée que le pénis est un membre par essence actif est une construction, et elle est importante à déconstruire.

Déjà parce qu’il s’y cache une injonction. Un pénis DOIT être actif. Il ne doit pas recevoir, ressentir, être. Il doit faire. Il doit conquérir, pénétrer, transpercer. Il doit être efficace, une arme, un outil de virilité. Il n’appartient pas à son possesseur d’en faire ce qu’il veut. La façon de l’utiliser dit si la personne qui le possède est suffisamment virile pour mériter du respect ou pas.

Il convient de bander. De bander suffisamment souvent, suffisamment dur, suffisamment longtemps, et pour les bonnes personnes, puis de les pénétrer. Et si pour arriver à cela on doit prendre des pilules, des injections, de la chirurgie, ou ne pas trop s’inquiéter du consentement en face ou du sien propre… Et si le plaisir ne fait pas parti de l’équation d’un côté ou de l’autre ou des deux… Détails détails. Au moins l’ordre du monde est respecté. Le pénis a prouvé son utilité.

Quand on connaît tout cela une solution paraît évidente : se désintéresser du pénis. Après tout si il est un outil du patriarcat il vaut mieux s’intéresser au reste du corps, à commencer par l’anus.

C’est super intéressant évidemment de remettre en cause l’importance du pénis. Mais je pense qu’il convient de proposer aussi un autre chemin.

Déjà pour montrer qu’on est pas obligé d’être pénétré pour découvrir autre chose si on ne le souhaite pas (on ne devrait jamais, jamais se sentir obligé de participer à une pratique sexuelle, quelque soit notre genre et quelque soit cette pratique).

De plus je ne suis pas d’avis de diminuer obligatoirement l’importance du pénis dans la sexualité d’un homme qui veut découvrir autre chose. Je trouve ça aussi violent que de demander à une femme de diminuer l’importance de sa vulve et son vagin. Ça reste une zone érogène majeure, et un centre symbolique pour beaucoup de gens.

Et puis dire à un homme que pour descendre de son piédestal il doit être pénétré ça accentue encore un peu l’idée de passivité et d’infériorité de la pratique. Lui dire qu’il doit au moins se désintéresser de son pénis et ne plus pénétrer ça accentue l’idée d’un pouvoir intrinsèque à cet organe et à cette pratique.

C’est pour toutes ces raisons que j’enseigne à se détendre, à être réceptif, à ressentir… en passant par le pénis. Pour le décharger de tous ces symboles. Pour réveiller tous ces nerfs qui ont vocation à ressentir et pas seulement à permettre une pénétration efficace. Pour faire réaliser aussi qu’il est possible d’avoir des orgasmes différents si on prends le temps d’éveiller doucement toute la zone. Rappeler que le phallus est aussi délicat et complexe que son pendant féminin, qu’il n’est pas que l’arme que le patriarcat en a fait.

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