La place de l’argent dans ma pratique

Suite à quelques discussions voici un article sur la place de l’argent dans ce que je propose. J’espère qu’il permettra d’apaiser certaines craintes courantes.

— Argent et authenticité —

Notre culture a très fortement ancrée l’idée que l’argent est incompatible avec l’authenticité, surtout lorsqu’il s’agit de sexe. Comme si tout ce qui est réel devait être gratuit, comme si tout ce qui était payé n’était que performance plus ou moins forcée. Cette idée, en plus d’être fausse, pause plusieurs problèmes. Entre autre :

– Elle fait une différence artificielle entre le travail soit disant gratuit et le travail ouvertement payé. On fait très rarement des choses pour les autres réellement gratuitement. Prétendre que quand il n’y a pas d’argent les choses sont gratuites c’est fermer les yeux sur les échanges qui ont cours dans toutes les relations humaines et donc laisser ces échanges être gérés inconsciemment ou par la morale sociale, au risque qu’ils soient déséquilibrés ou toxiques.

– Elle pousse des gens à s’éloigner de boulots qui leur plaisent parce que faire ce qu’on aime n’est pas sérieux, pas un vrai travail.

– Enfin elle pousse à manquer de respects envers les gens qui ont un travail connoté passion et/ou féminin (dans le soin, l’éducation, l’art et le sexe essentiellement). À considérer qu’iels devraient le faire moins cher voir gratuitement pour prouver l’authenticité de leurs actes. En gros iels ne mériteraient du respect qu’en travaillant pas chers ou gratuit, ce qui est en soit de l’irrespect…

– Argent et sexualité –

Tout d’abord j’aimerai dire qu’à mon avis le sexe « gratuit » est rare. Certes la plupart des gens n’échangent pas du sexe contre de l’argent liquide. Mais très souvent le sexe est un moyen ou un but dans un échange. Ce qui n’est pas une mauvaise chose. Je pense simplement que l’idée que le « vrai sexe » est un truc gratuit qui vient suite à une envie réciproque tombée du ciel est une illusion romantique assez rare dans la réalité. Généralement le sexe permet de donner, obtenir ou exprimer beaucoup de choses : du plaisir, un boost de l’égo, un lien à l’autre renforcé, du pouvoir, de l’argent, de l’amour, plein d’émotions, se rassurer…

Mais dans notre société moderne on aime croire que le sexe est un truc gratuit, un simple échange de plaisir dans lequel on exprime son attirance l’un-e pour l’autre.

Hors penser cela invisibilise le fait que, encore aujourd’hui, la sexualité des femmes est vue comme un service que l’on doit aux hommes, un travail. Sauf qu’on ne l’échange généralement pas contre de l’argent et qu’on ne contrôle pas les modalités de l’échange, celui-ci étant décidé par les codes sociaux en vigueur (est-ce qu’on baise après le mariage ? Où après trois restaurants ? Un collier et un je t’aime?)
Contrôler ce qu’on nous doit et pourquoi c’est dire clairement qu’on ne veut pas coucher « juste parce que ». Qu’on décide des raisons qui font qu’on dit « Oui », pas juste de celles qui font qu’on dit « Non ».

Ça m’amène donc aux avantages de l’échange monétaire dans la sexualité, en tous cas dans la mienne (en sachant que je suis une personne pour qui le TDS est un travail-passion, pas seulement un travail « moins pire que McDo »).

Les avantages pour moi:

– En étant payée je sais que la personne en face reconnaît qu’iel n’a pas un accès par défaut à ma sexualité, qu’iel doit respecter certaines conditions pour ça. Ça permet donc un tri des gens avec qui je partage ces moments.

– En étant payée je peux « me lâcher », je peux prendre soin de l’autre et en faire le centre du monde pendant le temps de la séance. Je n’ai pas d’inquiétude d’être vampirisée, je ne me demande pas comment l’autre me voit et si je suis simplement utilisée, je ne me demande pas ce que j’en retire… J’en retire le prix à l’heure et à partir de là l’échange est équilibré. Je ne cherche pas à en retirer de la sexualité pour moi et je peux totalement me concentrer sur l’autre sans attente. Du coup non seulement je ne suis plus restreintes dans le soin de l’autre, mais je n’ai aucune pression sur ce que je dois ressentir de mon côté et donc, paradoxalement, j’ai plus facilement du plaisir (physique ou émotionnel).

– En étant payée je réalise la valeur de mes actes, de mon temps, de mon attention, de mon corps, de ma sexualité, de ma conversation, de mes chants… Autant de choses pour lesquelles les gens payent et reviennent. Et du coup, dans ma vie personnelle, je ne me sens plus de pression à offrir ces choses gratuitement. Je ne me dis plus que je les dois par défaut au reste du monde à moins d’avoir une bonne raison de refuser. Au contraire je réalise la valeur de ce que je fais lorsque j’offre ces choses réellement gratuitement et je le réserve pour lorsque j’en ai envie. Et ça, lorsqu’on est une femme, c’est quelque chose d’important à réaliser.

– En étant payée je deviens insensible aux Nice Guys et les repère vite (les Nice Guys ce sont les hommes qui pensent qu’une femme devrait être attiré par eux à moins qu’ils ne fassent quelque chose de mal. En gros qui pensent qu’on a besoin de raisons pour dire Non, pas pour dire Oui). Je réalise maintenant le profond irrespect qu’il y a à me demander du sexe (ou autre travail) sans respecter mes conditions. Comme si les hommes qui le demandent étaient des exceptions magiques pour qui je devrais baisser mes exigences. J’ai compris que lorsque quelqu’un demande à avoir accès à ma sexualité (ou un autre aspect de moi) sans respecter mes conditions, c’est un profond manque de respect de leur part. En quelque sorte, ces gens se pensent tellement intrinsèquement respectueux qu’iels ne devraient pas avoir à le prouver par leurs actes. Certains me trouvent même irrespectueuse de ne pas baisser mes exigences pour eux, de ne pas avoir de justification claire pour mon Non…

En résumé, en étant payée je me retrouve avec des partenaires généralement plus respectueux que la moyenne, je contrôle les conditions d’accès à mon corps et à ma sexualité, je réalise ma propre valeur et la valeur de mes actes, et je peux prendre soin de l’autre sans retenue.

Les avantages pour l’autre :

Lorsque quelqu’un (généralement un homme) paye pour que je m’occupe de lui on pourrait penser que ça crée un blocage, une sensation de ne pas être désiré… C’est parfois le cas mais assez rarement. Après tout la peur de ne pas être désiré est une peur qui peut surgir n’importe quand dans le quotidien, et elle ne me semble pas plus présente chez les clients de TDS que chez les autres. En revanche, me payer apporte un avantage majeur directement lié à la philosophie de mon activité.

Il s’agit de la disparition de la pression. Une fois qu’il a payé, le client ne me doit rien. Enfin, il me doit évidemment le respect dû à tout être humain, ce genre de choses. Mais il n’a plus besoin de « payer » pour ce que je lui apporte par de la performance, de l’action. Il peut se contenter d’être et de recevoir.
Il n’a pas à se demander pourquoi je lui offre ça (Est-ce que j’en retire quelque chose? Si oui quoi? Sinon qu’est-ce qu’il me doit en échange? Est-ce qu’il est assez bon pour avoir mérité ce moment? Est-ce que j’attends quelque chose de lui après?)
Une fois payé, il sait que pendant une heure il est le centre du monde, il peut s’allonger et recevoir, dire oui ou non à mes propositions et point barre. Pas de dette, pas de performance, pas de pression.

Ça n’est pas facile car l’éducation est forte et une partie de mes clients n’arrivent malgré tout pas à se sentir en droit d’être réceptifs. Mais c’est déjà une avancée.

Et pour les hommes aussi le fait de payer aide à réaliser des choses dans leur sexualité personnelle. Ça aide à différencier lorsqu’il y a réellement un don de soi ou de l’autre et lorsqu’il y a plutôt un échange, à voir les paiements indirects et inconscients, les déséquilibres. Et une fois qu’on commence à réaliser ce genre de choses on peut décider de ce qui nous convient et de ce qu’on souhaite changer.

En résumé : lorsqu’un homme me paye il se libère de la contrainte d’être actif et performant. Lorsque je suis payée c’est une reconnaissance que je fais un travail, une activité.
Cette inversion des rôles genrés dont j’ai déjà parlé (l’homme est actif, la femme passive) se retrouve souvent dans le TDS (pas toujours) et fait partie je pense de ce qui le rends si sulfureux.

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Si vous souhaitez mieux comprendre le rapport entre argent, sexualité et patriarcat, je vous invite à lire La Grande Arnaque, Échanges Économico-sexuels de Paola Tabett, dont vous trouverez une introduction ici:
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89change_%C3%A9conomico-sexuel

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