Orgasme et sexualité

Quand je parle de ne pas avoir de pression à l’orgasme (ni à en avoir ni à en donner) j’entends souvent dire que quand-même la sexualité sans orgasme c’est un peu vide.

Du coup voilà ma vision des choses.

L’orgasme (ou plutôt les orgasmes) c’est une réaction physique. Rien de plus. C’est une cascade le long des nerfs et une décharge d’hormones provoquée par certains stimulis physiques.
On peut avoir des orgasmes en couchant avec quelqu’un mais beaucoup de gens les ont le plus souvent en se masturbant, à la main ou avec un objet. On peut aussi avoir des orgasmes par accident (en cours de sport, dans un bus qui vibre fort.. certaines conditions médicales font qu’on en a en éternuant ou en s’étirant).
On peut avoir des orgasmes de façon non seulement accidentelle mais gênante voir tabou, comme en allaitant. Notre culture alliant orgasme et sexualité ça peut être très traumatisant pour la personne allaitante alors que c’est quelque chose de normal ! Ça ne transforme en rien l’allaitement en relation sexuelle, pas plus qu’un orgasme dans un bus ne transforme le voyage en une relation sexuelle avec un bus. C’est une simple réaction physique à un stimulus, ça ne dis rien de la situation ou de la psychologie de la personne.
Le plus tabou je pense est la possibilité d’avoir un orgasme en étant violé-e. Là encore, ça ne veut pas dire que la personne était finalement consentante, ou qu’iel a aimé être agressé-e. Ça veut juste dire que certaines zones physiques ont été stimulées. Et puis la sidération et parfois dissociation lors d’un viol peut occasionner une détente physique qui permet un orgasme chez une personne qui n’en a habituellement pas (ce qui peut être d’autant plus traumatisant pour iel).
Et puis l’orgasme étant une question de stimuli physique et de détente c’est aussi quelque chose qui peut être bloqué dans certaines situations sociales… Comme par exemple pendant une relation sexuelle.

Bref vous voyez bien en quoi la présence d’un orgasme ne veut pas dire qu’il y a sexualité, et son absence qu’il n’y en a pas.

Alors la sexualité c’est quoi ?

C’est tout le reste. C’est le contact, l’échange, le plaisir, l’intimité, la détente, parfois ça se mêle à des jeux de pouvoirs ou de douleur, parfois ça exprime de l’amour, de l’amitié, de la confiance…
La sexualité c’est une question de relation, et c’est très personnel.
Il y a des gens pour qui un baiser sur la bouche fait déjà parti de la sexualité, d’autre pour qui ce n’est qu’une façon d’exprimer de l’affection. Il y a des gens pour qui être attaché-e est très sexuel, d’autre pour qui ce n’est qu’une forme de détente. La plupart des gens s’accordent à dire que la pénétration est sexuelle, mais pour certaines personnes ça ne l’est pas, en tous cas pas dans tous les contextes.

La sexualité est difficile à définir (vraiment, les scientifiques ont du mal) parce que tout le monde n’a pas la même définition de ce qui est sexuel. Mais un truc est certain : l’orgasme n’est ni nécessaire ni suffisant pour définir une relation sexuelle.

Maintenant ça ne veut pas dire que l’orgasme n’a rien à voir avec la sexualité. Je ne vais pas non plus prétendre que dans une activité dans laquelle le plaisir, l’échange et les sensations physiques sont fondamentales l’orgasme n’a pas sa place. Ça peut être merveilleux d’offrir un orgasme à quelqu’un, ça peut être merveilleux de recevoir un orgasme de quelqu’un. Mais c’est important de se rappeler que ça n’est pas obligatoire.

En plus si on commence à se mettre la pression, d’un côté comme de l’autre, alors on passe à côté des autres sensations physiques. On ne profite pas de ce qui est présent en courant après quelque chose qu’on pense qu’on doit faire/avoir/donner… Et au final on peut carrément se couper de tous les autres aspects de la sexualité !
On se retrouve à courir après son orgasme en ne profitant plus du tout des autres sensations et on finit par en simuler un puis se sentir coupable de ne pas avoir réellement joui.. Ou à passer des heures à triturer le sexe de son/sa partenaire comme si c’était une machine compliquée en essayant de trouver la combinaison parfaite plutôt que de lea caresser et masser en ressentant les différentes textures et admirant ses réactions.. Et pour au final ne même pas savoir si iel a vraiment orgasmé ou fait semblant (et je dis « iel » parce que même si un mec cis éjacule rien ne dit qu’il a orgasmé).

Bref en cherchant à tout prix à avoir ou procurer un orgasme on perd en plaisir physique, en échange, en détente, en contact… Et on fait de la sexualité un terrain de stress et de performance. Et cerise sur le gâteau : tout ça diminue les chances d’avoir des orgasmes.

Donc si vous voulez apporter du plaisir à votre partenaire : ne cherchez pas à lui procurer un orgasme. Demandez lui ce qu’iel a envie, caressez, massez, léchez, profitez du contact physique, observez ses réactions face aux différents types de touchers.. Surtout ne vous concentrez pas juste sur les « zones érogènes » célèbres parce qu’il y en a plein d’autres dispersées qui font une myriade de sensations différentes. Et surtout, n’essayez pas de « faire jouir » parce qu’en faisant ça vous êtes dans une tentative de contrôle de ses réactions, dans une tentative égotique d’obtenir un résultat précis pour vous et donc dans une restriction du plaisir des deux côtés.

Bon je réalise que cet article peut sembler un peu paradoxal, avec une injonction à ne pas écouter les injonctions… Je l’écris en réaction à l’idée que l’orgasme est un composant nécessaire de la sexualité. Bien entendu toutes les sexualités sont différentes et il y en a dans lesquelles l’orgasme est central (certains jeux BDSM par exemple). Mais ce n’est pas ce dont il est question ici.

Bonne journée et bonnes fêtes de fin d’année,

Luth

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